L’espoir est une graine amère

yogalab

« Le 12 » est un vaste chantier qui dure depuis de longs mois. Je le vois souvent comme un vaste champ en friche : cloisons qu’on tombe et qu’on remonte, poussière des sols qu’il faut creuser pour passer canalisations et électricités…Et si le chantier est un champ, nous, individus, sommes les graines !

Dans le projet « du 12 », certaines graines n’ont pas pris, emportées plus loin pour s’enraciner et fleurir ailleurs. Certaines graines poussent, vigoureuses. Des tiges solides sortent de terre lentement et sûrement, et seront, je le sais, des cathédrales végétales. D’autres se révèlent amères : là où on attendait une belle fleur, reflétant la lumière et la force du soleil, on découvre des plantes invasives qui étouffent et font mourir tous les possibles.   

Nous, graines de ce champ en friche, nous sommes des porteurs de projet.

« Le 12 », ce vaste champ en friche est un chantier, « le 12 » est un projet. Et tous les projets sont un miroir tendu au-dessus duquel chacun peut se pencher pour apprendre à se voir. Un de mes professeurs de yoga répète souvent qu’il faut utiliser l’énergie d’un événement et non s’arrêter sur son objet : ce n’est pas la situation elle-même, agréable ou désagréable, qui compte pour le yogi mais ce qu’il peut faire de cette mise en mouvement (de cette vibration).

En cours, on dit souvent que le « j’aime/je n’aime pas » n’existe pas en yoga. Ce n’est pas ce qui est important. Ce qui compte c’est ma présence à ce que je suis en train de vivre. Ce que me procure une épreuve n’est pas une fin en soi. C’est une aide à la compréhension de mon propre chemin d’évolution.

Nous avons tendance à aller chercher à l’extérieur de nous-mêmes : acheter une maison ou faire un enfant dans l’espoir de régler des problèmes de couple, déménager ou changer de travail, pour prendre des exemples assez courants, cela n’aide en rien à régler les choses. Cela permet au mieux de comprendre notre dynamique personnelle.

Avoir un projet ou se focaliser sur l’espoir qu’il se réalise ?

Le mental n’est pas capable de créer une pensée qui se concrétise à l’identique, concrètement, devant nos yeux. Dans les dessins animés de princes et princesses, peut-être ! Mais pas dans la vraie vie.

Le projet deviendra toujours quelque chose, mais peut-être quelque chose de très éloigné de la forme qu’on espérait pour lui au départ. Et un projet n’est peut-être véritablement réussi qu’à partir du moment où celui qui le porte se détache du résultat pour prendre conscience de ce que cela lui a révélé de lui-même.

L’intention que je mets dans mon projet m’amène parfaitement là où je dois être.

La nuance se trouve dans la différence entre « là où je dois être » et « là où je veux être ». Là où je veux être est conditionné par mon vécu et mes croyances. Si on est trop attaché à nos certitudes, le projet ne sera jamais un tremplin qui nous permettra de nous révéler un peu plus à nous-même.

Plus on souhaite quelque chose dans une forme définitive dictée par notre propre conditionnement, plus on est stressé par la forme de ce projet (« ça doit être ainsi et pas autrement ! »), plus on joue le jeu de l’attachement et de l’aversion, plus on est déçu et plus on vit un stress mental, nerveux et émotionnel.

Les choses projetées ne peuvent pas être à notre image.

Se rendre disponible à un projet, c’est être d’accord avec l’idée de changement et d’évolution, c’est laisser tomber nos conditionnements en acceptant que l’espoir puisse aussi être une graine amère.

Et bien sûr, si l’expérience est trop perturbante, grossière dans ses aspects négatifs, qu’elle nous empêche d’évoluer et nous bloque, on s’en sépare.

Om shanti, shanti, shanti

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